Hebdo 39 Lons-le-Saunier


Airbnb et consorts : la fin de l’âge d’or


  • Les logements chez l'habitant ou insolites font un vrai carton.
  • Les locations meublées à la nuitée ont explosé.
A Lons, Dole comme dans de nombreux bourgs ou villages de notre secteur, les locations meublées à la nuitée ont explosé. Avec à la clé, des économies pour les voyageurs et un peu de beurre dans les épinards pour leurs hôtes. Mais les abus risquent d’être sévèrement recadrés et cet été doré pourrait bien être le dernier…

Pour Armand* et sa femme, Airbnb c’est bientôt fini :

« Jusqu’à maintenant, le fisc faisait surtout la chasse aux hôtes dans les grandes villes. Désormais, on risquera d’être aussi à l’amende dans le Jura. De toute façon, les bénéfices générés sur la plate-forme de location seront transmis directement aux impôts. Avec à la clé, une taxation des loyers dans la déclaration de revenus ». Comme près de 85% de propriétaires, ce couple du haut-Jura qui jusqu'alors ne déclarait pas ses bénéfices à l'administration fiscale a fait ses comptes.

« Je retire 1000 à 1500 € par an de la location de mon appartement. Avec les nouvelles règles, je paierai près de la moitié en impôts ou taxes. Il faudra de plus retrancher les frais divers : eau, électricité, voire chauffage, sans compter les lessives après chaque locataire. Le jeu n’en vaudra plus la chandelle ».

Et pourtant Armand* n’a jamais abusé de l’économie collaborative : « Si j’avais voulu, j’aurais loué à concurrence de 2500-3000 €/an ». Il faut dire que ce couple de retraités qui louait une partie de leur résidence principale ne lésinait pas sur l’accueil.

« On leur apportait les croissants et le pain frais le matin, on leur faisait aussi goûter des spécialités locales, on les renseignait sur les choses à faire et les endroits à voir, etc. ».

Comme le témoigne les commentaires élogieux faisant sur le site internet état de ces "véritables échanges" qui étaient la raison d’être du couple.

 

Des prix revus à la hausse ?

 

Le couple ne comprend pas pourquoi les dérives ont été aussi excessives.

« A Paris ou dans de grandes villes, certains spéculateurs louent jusqu’à 50 ou 60 logements. Et même à Lons-le-Saunier, certains propriétaires ont 8 à 10 appartements loués via Airbnb ! » observent-ils.

Ces propriétaires peuvent toutefois se faire désormais un peu de souci, car ils ont peut-être tué la poule aux œufs d’or...

Que faire de leurs nombreux biens s’ils perdent de leur rentabilité ?

Cette petite révolution –si elle va à son terme- pourrait aussi avoir un impact sur les prix des locations. Jusqu’à présent les biens loués représentaient une aubaine pour les voyageurs : outre un prix attractif, ils pouvaient parfois bénéficier d’appartements entiers, tout équipés (cuisine, réfrigérateur). De quoi se sentir « comme chez soi » et préparer ses repas à domicile, ce qui évite d'empiler les additions au restaurant.

Le système « gagnant-gagnant » vanté par ses fondateurs américains trouvera t-il bientôt ses limites ? D’autres plateformes qui pourraient s’alléger de ces nouvelles règles du jeu sont déjà en embuscade…

 

* Prénom d’emprunt.

 

Une concurrence déloyale avec les hôteliers

 

Mettre une chambre ou une partie de son propre appartement en location pour arrondir ses fins de mois : la réalité semble désormais bien loin -voire aux antipodes- de l’idée fondatrice d’Airbnb. La plupart des logements proposés ne sont en fait que des résidences secondaires où les services proposés rivalisent désormais avec les hôtels : de plus en plus souvent le ménage est inclus, ainsi que les draps et le linge de toilette, moyennant des frais pouvant toutefois représenter au minimum 10 à 20 €/nuit.

De quoi faire réagir Patrick Franchini, président de l’UMIH du Jura (Union Départementale des Métiers des Industries de l'Hôtellerie du Jura) : « Cela me fait bondir, mais les tarifs se rapprochent des nôtres. Il s’agit d’une concurrence déloyale contre laquelle nous luttons (aucun respect des normes d’accessibilité, de sécurité, d’hygiène, etc.) ».

 

180 lits sur Dole

 

Et le patron du Moulin des Ecorces de détailler :

« Il y a en fait deux catégories de loueurs : les particuliers (par exemple des retraités) qui complètent ainsi leurs fins de mois, et des professionnels (par exemple des promoteurs) qui construisent des appartements spécifiquement pour cela et qui se dissimulent sous des noms « d’emprunt » pour louer ».

Chaque logement pouvant abriter 2 ou 3 couchages, on peut estimer que sur Dole 180 lits au bas mot sont concernés.

Aussi, l’UMIH 39 se félicite du recadrage législatif visant à sanctionner les plateformes de location de courte durée et les loueurs ne respectant pas la loi. Ces sanctions étaient attendues depuis près de deux ans par les professionnels et les municipalités.

Des clients variés

 

Le Jura n’est pas la Côte-d’Azur, mais des propriétaires d’Airbnb le confient : leur clientèle s’élargit.

Outre des touristes « ordinaires » (hollandais, allemands, belges entre autres), leurs logements s’avèrent désormais prisés par d’autres types de clientèles ayant recours pour d'autres motifs : réunions de famille (mariage, baptême), salons professionnels, évènements sportifs ou culturels, refuges discrets pour couples illégitimes... etc.

Ainsi, l'offre est en plein boom. On dénombre 63 logements sur Airbnb à Dole, contre 49 en 2017 et 9 début 2015 : sept fois plus d’offres en seulement 3 ans !

Le Jura compterait près de 900 logements selon Airbnb, par exemple : 65 pour Lons, 48 pour les Rousses, 22 pour la seule ville de Salins-les-Bains et 17 à Clairvaux-les-Lacs.  

En 2016, environ 300 000 hôtes ont tiré un revenu via Airbnb en France.


Ce que prévoirait la loi en 2019

Les textes de loi débattus en juin et juillet devraient clarifier et renforcer des dispositions votées il y a déjà quelques années D’après le siège parisien de l’UMIH, une des mesures phares concerne les plateformes en ligne (Abritel, Airbnb, Booking, Homelidays, etc.) qui devront transmettre automatiquement à l'administration fiscale les revenus perçus par les hôtes à compter du 1er janvier 2019.

Or d’après Gaëlle Missonier, chargée de communication, « 85% des hôtes louant via des plates-formes ne déclarent aucun revenu ». Ceux-ci peuvent donc se préparer à un véritable big bang…

Autre mesure phare, entrant en application le 1er janvier 2019 : l’encaissement des taxes de séjour par les plate-formes pour le compte des communes concernées. On imagine mal un hôte louant "au black" verser une taxe de séjour en mairie...

Là aussi, très peu respectent leurs obligations légales, ce qui représente un gros manque à gagner pour les communes (au moins 120 millions €/an selon l’UMIH). Et quand taxe de séjour il y avait malgré tout, celle-ci était alignée sur celle d’un hôtel une étoile...

Dès le 1er janvier 2019, les communes pourront, si elles le souhaitent, prélever une taxe égale à 1 à 5 % de la nuitée (plafonnée à 4 €/nuit). Airbnb qui collecte déjà cette taxe dans 33 grosses communes devrait étendre son dispositif à toute la France.

 

10 000 € d’amende pour les hôtes

 

Une autre mesure, concernant seulement les propriétaires qui louent leur résidence principale, sonnera également le glas de l’âge d’or : au-delà de 120 jours de location/an, la loi ALUR sera renforcée pour que les plate-formes bloquent purement et simplement les annonces (quelle que soit la taille des communes concernées). Une disposition que Booking.com semble avoir déjà mise en pratique, tandis que les autres plate-formes y semblent disposées. On les comprend, car le projet de loi ELAN (art 51) voté le 8 juin à l’assemblée nationale les sanctionnera de 10 000€ à 50 000€ par annonce (5 000 à 10 000€ par annonce pour les hôtes). Pour couronner le tout, les communes qui le souhaitent peuvent (depuis 2017) mettre en place une procédure d’enregistrement, obligatoire pour les loueurs à la nuitée.

Cette obligation sera d'ailleurs renforcée en 2019, sous peine de sanctions plus dissuasives. Le malheur des uns faisant parfois le bonheur des autres, seules les plateformes où circule de l’argent seraient pour l’instant dans le collimateur des législateurs. Ouvrant peut-être une voie royale à de « simples » sites d’annonces, qui eux ne seraient pas tenus de transmettre leurs informations au fisc... A suivre.


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